[Critique Littéraire] Au coeur de ce pays

Le roman Au coeur de ce pays de J.M. Coetzee est disponible en poche aux éditions Seuil, dans la collection Points (publié le 10 janvier 2008), il fait 221 pages. Vous pouvez le trouver en broché aux éditions Maurice Nadeau (19 mai 1998).

Voici ce que l’on trouve sur la quatrième de couverture

Au plus noir de la nuit, la maison devrait être silencieuse. Pourtant, l’oreille collée à la cloison, Magda perçoit des halètements presque inhumains. Elle attend le moment propice. Dans une minute, elle se lèvera et se dirigera vers la chambre de son père, un fusil chargé à la main, bien décidée à changer le cours de son existence…

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Ce livre raconte le quotidien d’une femme, on a peu d’informations générales sur elle, qui vit avec un père qui la fait beaucoup souffrir. En effet, son père semble très colérique, voire violent quand son humeur est au plus bas.

Les informations qu’on sait sur cette femme sont succinctes : on sait qu’elle n’est pas mariée, n’a pas d’enfant, vit dans avec son père, on apprend son prénom seulement à la page 165. Ce peu d’informations est due à la forme du livre ; en effet, ce roman se construit comme un long monologue de la narratrice, qui est parfois coupé par du dialogues avec les autres personnages que je présenterai par la suite.

Ce monologue intérieur reste respirable car Coetzee utilise un procédé qui n’est pas fréquent dans un roman. En effet, le livre se décompose en paragraphes (plus ou moins longs) avec un numéro devant chacun. Cela permet à l’auteur de rendre la pensée de la narratrice plus fragmentaire, de lui faire évoquer des souvenirs plus ou moins récents et de jouer ainsi avec la temporalité.

C’est assez déconcertant pour le lecteur, car il est face à l’intériorité d’une femme et surtout à un schéma de pensées qui lui est propre. Parfois, j’ai moi-même été perdue car la pensée de cette femme n’est pas toujours très organisée et elle s’imagine parfois différents scénarios car elle-même semble perdue et imagine certains événements auxquels elle n’était pas présente.

Elle revient plusieurs fois sur le meurtre de son père, avec des scénarios différents. IL faut donc comprendre que cette femme est assez dérangée et son fil de pensées, ses souvenirs et des hypothèses se mélangent. De plus, plus la fin du livre s’approche, on s’aperçoit que certains troubles psychiques et psychologiques apparaissent suite à sa solitude dans le bush sud-africain après le décès de son père et le départ de ses serviteurs.

Le récit se compose de peu de personnages et reste dans un cercle restreint, celui de la famille. Nous avons donc Magda, notre narratrice, son père, autoritaire et peu loquace, la mère est décédée, mais la narratrice pense beaucoup à elle. Ensuite, viennent les serviteurs : Anna et Jacob, puis Klein-Anna et Hendrik. Des voisins font une petite apparition vers la fin du texte.

On se trouve dans un huit-clos qui est la propriété de la famille et où toutes les intrigues se jouent entre quatre membres principaux. L’élément déclencheur pour Magda est l’arrivée d’une nouvelle bonne, qui est l’épouse d’Hendrick. Son père décide de « se l’approprier » (j’utilise ce terme assez violent pour caractérise le fait que Anna soit noire et au service du père, qui est blanc et propriétaire, ça ressemble à un droit de cuissage dans une époque non indiquée, car la famille vit dans la propriété et produit ce dont elle a besoin dans cette dernière.

La tonalité du livre est assez violente tout le long. En effet, Magda (on ne sait pas son âge, mais on présume qu’elle n’est plus en âge de se marier, du moins à une période plus ancienne) se critique énormément et violemment, elle ne s’aime pas et surtout culpabilise de ne pas s’être mariée et d’être toujours vierge. Ce sentiment de culpabilité est présent aussi car sa mère est morte en couches, à sa naissance. De plus, son père ne semblait pas vouloir d’elle.

Elle s’autocritique en mettant en relief sa laideur, sa maigreur et surtout sa virginité. Elle fait aussi de nombreuses comparaisons à un animal qui serait noir au milieu des animaux blancs.

La violence apparaît aussi lorsqu’elle décide de s’en prendre physiquement à son père, suite à la relation qu’il entretient avec la bonne. Les descriptions du père blessé ne sont pas très appétissantes je vous l’accorde, mais on sent que Coetzee s’est inspiré de faits réels et naturels. La fin du livre m’a rappelé Psychose d’Hitchcock avec la scène de la mère fossilisée.

Une autre violence s’ensuit avec la disparition du père et les deux domestiques qui souhaitent extorquer Magda, qui n’a pas d’argent. Hendrick décide de s’approprier son du d’une autre manière très violente pour Magda. Sa réaction est assez étrange d’ailleurs car elle semble être attirée par Hendrick.

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Table Mountain, Le Cap (photographie personnelle)

Pour passer à l’écriture, Coetzee nous fait entrer, par le monologue, dans l’intériorité de cette femme, et surtout réussi à retranscrire un fil de pensées. Ce qui n’est pas du tout aisé pour un écrivain masculin de surcroit. Il utilise aussi beaucoup d’images et de figures de style. On trouve ainsi des comparaisons par exemple et des répétitions, types anaphores, qui donnent au monologue une impression assez angoissante plus on se dirige vers la fin du roman.

Ce roman ne laisse pas indifférent de par son sujet (la violence d’un père envers sa fille) mais aussi par la forme très originale du monologue intérieur.

Je conseille la lecture de ce livre, malgré parfois le fil de pensées de la narratrice un peu difficile à suivre.

« Mais je sais en même temps que rien ne m’emplira, parce que la première condition de la vie est de toujours désirer, sans quoi la vie s’arrêterait. »  p184

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Et vous ? 

L’avez-vous lu ? Avez-vous envie de le lire ? Connaissez-vous J.M. Coetzee ?

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