[Interview] Lise Syven – Une auteure passionnée depuis l’enfance !

Aujourd’hui j’avais envie de vous faire découvrir une auteure que j’ai pu rencontrer au salon du livre de Montreuil. J’avais déjà eu l’occasion de croiser ses romans sur livraddict et c’est comme ça que j’en suis venu à m’intéresser à ses œuvres. Il faut dire qu’elle a été très agréable et sympathique lors de notre rencontre et cela m’a encouragé à mettre en avant son travail. J’ai d’ailleurs chroniqué son dernier roman « Saving Paradise » qui m’avait beaucoup plu. On va donc parler de Lise Syven, auteure jeunesse, fantasy et fantastique qui a gentiment accepté cette interview ! Allons-y, en route vers son parcours.

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Interview : Lise Syven

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Bonjour Lise, merci d’avoir accepté cette interview,

Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Steven’s Books & Co et présenter votre parcours d’écrivain pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Bonjour aux lectrices et lecteurs de Steven’s Book &Co ! Je m’appelle Lise Syven, j’ai 38 ans et j’écris surtout de la fantasy et du fantastique. J’ai publié mon premier roman en 2011 aux éditions du Riez, une petite maison qui fermera ses portes au 30 mars 2017, — hélas ! — et je travaille actuellement avec les éditions Castelmore qui ont publié mes derniers ouvrages : La Balance Brisée, une série jeunesse, et le premier tome de Saving Paradise, une série Young Adult.

 

Comment en êtes-vous venu à l’écriture ? Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Dès mon plus jeune âge, j’ai tenté d’écrire des histoires. Je rêvais beaucoup, je m’imaginais en train de vivre des aventures improbables et je griffonnais sur mes cahiers. Le phénomène a pris de l’ampleur alors que j’étais étudiante. C’est là que j’ai écrit mes deux premiers romans (à jamais enfouis dans un tiroir). Par la suite, il m’a fallu du temps avant de trouver mon style ainsi qu’une méthode de travail. J’ai mis à profit cette expérience pour créer CoCyclics avec un groupe d’amis : il s’agit d’un forum de bêta-lecture où les membres s’échangent des relectures de leurs textes, partagent leurs astuces comme leurs coups de mous et se lancent des défis. C’était il y a 10 ans.

Aujourd’hui, je suis à l’aise avec l’écriture, j’ai mes petits trucs pour gérer mes relectures et j’ai de fidèles bêta-lectrices à mes côtés pour me repêcher quand les doutes m’assaillent.

Pourriez-vous parler de l’écriture de « Saving Paradise » ? De son écriture à sa parution, le chemin a-t-il été long et difficile ? Avez-vous douté de vous durant le processus d’écriture ?

Chaque roman est une aventure à part et « Saving Paradise » ne fait pas exception. J’ai tendance à écrire des textes différents les uns des autres, donc j’ai toujours un peu l’impression de me jeter dans le vide quand je m’attaque à un nouveau projet. Dans ce cas précis, c’était aussi la première fois que je proposais à un éditeur une série dont je n’avais encore rien à présenter à part un résumé et de l’enthousiasme. Donc, comme vous pouvez l’imaginer, j’avais la pression.

Quand mon éditrice Barbara Bessat-Lelarge a accepté le projet, tout s’est enchainé. J’ai travaillé sur le premier tome « En proie au rêve » pendant un an à peu près. Je ne peux pas dire que ce roman ait été particulièrement difficile à écrire, il ne m’a pas donné autant de cauchemars qu’Au Sortir de l’Ombre ou Siwès.

Mais j’ai connu des moments de doute, bien sûr. Je ne doute plus de ma capacité à terminer une histoire, mais je ne sais toujours pas si ce que j’écris est bien, si je m’y prends de la bonne façon, si je fais les bons choix. Comment savoir du reste ? La valeur d’un texte dépend du travail de l’auteur, mais aussi de celui qui le reçoit.

Pour éviter de me retrouver paralysée par ces angoisses, j’évite au maximum d’y penser et je m’investis dans mon texte corps et âme. Il m’occupe toute entière jusqu’à ce que le bon à tirer me tombe dans les mains.

Ensuite, je me dépêche de passer à un autre. Je le fuis, en quelque sorte.

 

Quelle organisation adoptez-vous quand vous écrivez un roman ? Pouvez-vous nous expliquer un peu votre technique ?

Ma technique est, soyons honnête, bordélique. J’ai un carnet où je rassemble des idées et où je gratouille des débuts de synopsis que je ne termine jamais. Bien sûr, j’y note à la volée certaines informations quand mon ordinateur n’est pas à portée de main, mais il me sert essentiellement à réfléchir au fameux « Et quoi, ensuite ? »

Sur mon ordi, j’ai plusieurs to-do listes (les prochaines scènes, les recherches, les corrections) que je remplis au fur et à mesure que j’avance (des fois je raye des trucs, et là, c’est le bonheur). Bien entendu, j’ai le fichier du roman où j’écris chronologiquement ce qui se passe, mais pas forcément dans l’ordre où le texte sera lu. Je structure avec des titres, histoire de m’y retrouver. Et je me laisse des commentaires pour mes futures corrections.

Je ne fais pas de plans parce que je ne les suis jamais. En revanche, je réfléchis des années à mon texte avant de passer à la rédaction (j’ai commencé à penser à « Saving Paradise » en 2005). Quand j’écris, j’endosse le rôle d’un personnage et je vis l’histoire à travers lui, tout en connaissant les tenants et les aboutissants. En général, une fois arrivée à la fin, tout se tient. C’est presque miraculeux. 

Ensuite, bien sûr, je relis, je corrige, je fais lire à mes bêta-lectrices, je retravaille avec mon éditrice.

Pouvez-vous nous présenter votre roman « Saving Paradise » et nous parler un peu plus de ses personnages ?

Saving Paradise est un thriller fantastique en deux tomes. Il met en scène Faustine, une étudiante obligée d’accepter une protection rapprochée parce que quelqu’un essaie de tuer son père, le professeur Mésanger. Ce dernier est l’auteur du Tumorex, un vaccin contre le cancer, et il ne s’attendait pas à ce quelqu’un fasse exploser son laboratoire. Pourquoi cherche-t-on à le tuer ?

Faustine, qui s’implique beaucoup dans ses études, a peur de manquer les examens qui auront bientôt lieu, ce qui mettrait à mal son « plan de vie ». Et elle se met à entendre des voix. Tout ce qu’elle a construit part en vrille en l’espace de quelques jours. En plus, elle a le béguin pour Nato Braye qui fait partie de l’équipe de protection mise en place par la fondation du Griffon. Ce dernier travaille avec Hans, un bonhomme taciturne, et Allison, qui, outre son sacré caractère, gère le matériel de l’équipe (comme les drones, la veinarde). Le tout sous la houlette du commandant Mdia et de la mystérieuse Chevalier, laquelle tire les ficelles de de la Fondation. Ensemble, ils vont devoir affronter un homme bien déterminé à se débarrasser du professeur Mésanger.

 

Faustine Mésanger est le personnage principal de ce roman, comment l’avez-vous façonné ? Créer des personnages n’est jamais facile, comment procédez-vous ?  

C’est difficile d’expliquer le processus, mais je vais essayer. J’avais l’idée d’une héroïne dépourvue de pouvoirs (une première, en ce qui me concerne), mais il fallait qu’elle ait de la ressource et qu’elle ait l’âme d’une héroïne, voire d’une justicière. De fil en aiguille, l’idée qu’elle étudie le droit et rêve de devenir juge s’est imposée. Les facettes de sa personnalité se sont mises en place successivement : sa fragilité lorsque le contrôle de la situation lui échappe, son courage qui lui permet de réagir face au danger et ses garde-fous moraux qui lui permettent de poursuivre son chemin. Au bout d’un moment, je me suis mise à l’imaginer dans son quotidien, dans sa relation à ses parents. Je pouvais l’entendre rire quand sa chienne Rockette bondissait de joie en voyant sa laisse. Je la voyais se raidir quand elle entendait cette voix dans sa tête. Je l’imaginais respirer à fond, rassembler son courage, et sortir de la voiture, en pleine nuit, dans une forêt où des ombres s’affrontaient. Etc.

Au bout d’un moment, le personnage est une personne que je connais, même si elle reste imaginaire.

 

Vous avez opté dans « Saving Paradise » pour un monde moderne, un brin futuriste, avez-vous fait des recherches pour le construire ? Ou bien faites-vous cela au feeling ?

Je baigne dans les nouvelles technologies de par ma profession (informaticienne le jour :D), donc je me suis amusée à extrapoler à partir de ce que je connaissais, de recherches sur internet et de quelques discussions avec mes collègues. Je me suis un peu pris la tête pour calculer les vitesses de vol et les distances parcourues par le drone envoyé en reconnaissance pour une certaine scène 😉 De gros progrès ont été réalisés ces dernières années au niveau des prothèses et de la robotique et il m’a semblé naturel d’envisager quelque chose d’un peu avant-gardiste pour celle du commandant Mdia. J’ai aussi lu pas mal d’articles sur les recherches contre le cancer, sur le fonctionnement des vaccins, sur la façon dont fonctionnent les protéines Junon.

Donner un aspect réaliste à ce roman était un aspect essentiel à mes yeux.

 

Parlons un peu de vos autres parutions. Vous avez débuté votre aventure d’auteure en 2011 avec la sortie de « Au sortir de l’ombre », le temps est passé depuis ce jour, pensez-vous avoir changé votre façon d’écrire ? La façon de voir vos romans ?

Je suis toujours aussi bordélique dans ma façon de procéder, ça c’est sûr. Je n’ai pas vraiment changé de façon d’écrire, j’ai plutôt gagné en expérience : j’écris plus vite et mieux (ce qui se traduit en moins de corrections sur le premier jet, hihi). Je me fais plus confiance aussi : lorsque je doute à propos d’une scène, d’un point de détail, d’un personnage, je respire un bon coup, je passe à la suite et je me promets de régler ça plus tard à froid. Avant j’avais tendance à bloquer super longtemps jusqu’à ce que je trouve la solution. C’était une perte de temps.

J’ai aussi appris à moins m’attacher aux mots eux-mêmes : je n’hésite plus à jeter et à réécrire. Les nouvelles versions sont toujours meilleures.

 

L’écriture de plusieurs romans est un exercice compliqué, surtout quand ceux-ci ne sont pas du même genre littéraire. Combien de temps avez-vous mis pour finaliser tous vos romans ?

C’est vraiment du cas par cas. « Au sortir de l’ombre » m’a pris quatre ans, du fait de nombreuses recherches historiques, « Les chroniques de Siwès » (mes deux plus gros textes) m’ont pris quatre ans au total du fait de leur taille, les Balance Brisée, six à neuf mois chacun, et « Saving paradise » semble parti pour un an par tome.

Vous arrivez chez Castelmore en 2014 avec la sortie de « La Balance brisée », qu’avez-vous cherchez à faire ressentir aux lecteurs à travers cet univers ?

Cette série est née d’un désir égoïste : j’avais besoin d’un univers où il ferait bon me réfugier comme dans un cocon, où tout deviendrait possible, où je pourrais libérer mon imagination à ma guise. Le retour à l’adolescence est venu de mon désir d’échapper à mes problématiques d’adulte. Ensuite, à mesure que je me suis enfoncée dans l’histoire d’Elie, mes propres souvenirs ont refait surface. Je me suis rappelée à quel point cette période qui précède l’âge adulte est tumultueuse. Alors j’ai tout mélangé. Et la magie subliminale, invisible pour le commun des mortels, est devenue le catalyseur de ces différentes composantes.

Ce que j’espère, c’est que les lecteurs y trouveront du réconfort pour affronter leurs problèmes quotidiens (les romans abordent les thèmes du deuil, du harcèlement, des attentats) et qu’ils refermeront ces livres avec le sourire.

 

Votre écriture est très douce et fluide, retravaillez-vous vos textes ? Si oui combien de temps laissez-vous entre votre premier jet et les corrections ?

Merci pour le compliment. Oui, je retravaille chaque texte en profondeur avant de le faire lire à qui que ce soit. En général, je ne laisse passer qu’une ou deux semaines après le premier jet. Il s’est déjà écoulé plusieurs mois (voire des années :D) depuis que j’ai commencé le roman, donc je l’attaque avec un œil neuf et l’envie de le partager au plus vite avec quelqu’un. Et puis, je ne sais pas m’arrêter tant que je n’ai pas vraiment terminé. ^_^

 

La trame de votre histoire est-elle déjà établie dès le départ ou bien fonctionnez-vous de manière différente pour chaque livre que vous écrivez ?

Je connais la trame, mais pas dans les détails. Un peu comme si je voyais le sommet de la montagne qui émerge du brouillard, mais pas le chemin qui s’enfonce dans la brume. En amont, je réfléchis beaucoup à qui sont mes personnages, à leurs motivations, aux règles qui régissent mon univers, de sorte à être libre au moment d’écrire. J’aime m’immerger dans mes personnages pour tracer leur route à travers les obstacles.

Quel lien entretenez-vous avec votre maison d’édition ? Avez-vous noté des changements entre Castelmore et les éditions du Riez ?

J’adore travailler avec les éditions Castelmore, tout se passe vraiment très bien : la preuve, cette année nous sortirons notre cinquième roman ensemble ! Malheureusement, les éditions du Riez ferment au 30 mars prochain, en dépit du travail et de la passion déployée. J’en suis très triste, j’ai même un peu de mal à réaliser. Je garderai un souvenir ému de notre collaboration et de ce premier « oui » qui m’a lancée en tant qu’autrice.

Oui, il existe des différences entre ces deux maisons : de taille, d’organisation et de diffusion. Grâce aux éditions Castelmore, mes livres se trouvent facilement en librairie. La maison possède une équipe de communication, elle est présente sur tous les salons : elle n’a pas la même force de frappe, si je puis dire. Cerise sur le gâteau : l’équipe est top. 

Les retours et remarques que vous recevez de la part de vos lecteurs vous aident-elles à progresser ? Les prenez-vous en considération pour la suite de votre écriture ?

Oui et non. C’est parfois difficile de faire la part des choses. Lorsqu’un défaut en particulier met beaucoup de lecteurs d’accord, ce n’est pas compliqué de le repérer et d’avoir envie d’y remédier. Par exemple, dans mon premier roman, certaines scènes d’action paraissaient confuses pour une partie des lecteurs. Donc c’était facile par la suite de faire attention à ce travers. Mais au fur et à mesure qu’un livre est lu, il reçoit de plus en plus de retours contradictoires. Certains lecteurs adorent ce que d’autres détestent et il est impossible de leur plaire à tous.

J’ai pris le parti de ne pas retenir les remarques des personnes qui n’ont pas aimé du tout ce qu’ils ont lu : le livre n’était sûrement pas pour eux. En revanche, je suis sensible aux retours des lecteurs qui ont été embarqué dans l’histoire. Ils forment le « public naturel » de l’œuvre, en quelque sorte, et il me paraît donc logique de m’intéresser à leur ressenti. En cours de série, les attentes de ces lecteurs peuvent peser dans la balance de certains choix pour les surprendre, les malmener et leur faire plaisir aussi. 

Vous êtes une auteure publiée depuis 2011, concrètement, qu’est-ce que cela a changée dans votre vie ?

Concrètement, l’écriture tient une plus grande place qu’avant. Elle fait partie de ma routine quotidienne. Quand je travaille sur un roman, j’y passe une grande partie de mes soirées. Et puis, de (gentils) lecteurs me font part de leurs impressions à travers les réseaux sociaux, les blogs, sur les salons. Leur enthousiasme compte énormément : ils me donnent beaucoup d’énergie !

 

Quels sont vos objectifs maintenant ?

Juste continuer mon petit bout de chemin : écrire les histoires qui me tiennent à cœur et qui occupent trop de places dans ma tête. J’ai déjà d’autres projets avec Bragelonne et Castelmore, donc pour l’instant, tout va bien.

Si vous aviez un seul conseil à donner aux jeunes écrivains toujours sur leur premier roman ?

Allez au bout de votre texte : mettez-y tout votre cœur, terminez-le, et emmenez-le aussi loin que vous pourrez.

Avez-vous un dernier mot pour vos fidèles lecteurs ?

Je vous souhaite de merveilleuses lectures et j’espère vous croiser prochainement !


signature steven

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Val Hou
La Rédac

Bonjour, merci pour cette superbe interview. J’ai pris un énorme plaisir à la lire et vivement le tome 2 de Saving Paradise. Bonne journée!!!

8 mois ago

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