[Peinture] J. M. William Turner, ou la naissance du romantisme en Angleterre

Et si nous jetions un œil du côté du XIXème siècle ? Voyageons aujourd’hui en Angleterre au début de ce siècle, pour parler d’un artiste précurseur, qui ouvre la voie aux impressionnistes tout en étant la figure de proue du romantisme en Angleterre : William Turner (le peintre, pas le pirate joué par Orlando Bloom !).

Avant toute chose, qu’est-ce que le romantisme ? Il s’agit d’un courant artistique et littéraire qui touche l’Europe et les Etats-Unis à partir de la fin du XVIIIème ; les artistes veulent s’éloigner de l’art rigide, classicisant et officiel en vigueur jusque-là pour laisser parler les sentiments. Le romantisme se compose de passions déchirantes, d’une grande expressivité, ainsi que d’un amour pour le fantastique et l’irrationnel.

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William Turner, Autoportrait, v. 1799, Tate Britain
William Turner, Autoportrait, v. 1799, Tate Britain

William Turner, artiste romantique et peintre de génie

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Joseph Mallord William Turner de son nom complet (on s’en tiendra à William Turner, ne vous en faites pas) est formé à la Royal Academy, soit l’école de peinture officielle, contrairement à ce que son art peu conventionnel laisserait penser. Et il est admis alors qu’il a tout juste quatorze ans ! Son ascension est fulgurante.

Turner expose presque chaque année ses œuvres lors de l’exposition annuelle de la Royal Academy, et il y rencontre toujours un franc succès. Connu et célébré de son vivant, sa carrière est véritablement celle d’un génie de l’art.

Si ses premières œuvres se plient plutôt aux règles de l’académie, ses tableaux deviennent de plus en plus tumultueux à mesure que son âge avance et que sa touche personnelle s’affirme.

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William Turner, Le Port de Calais, 1803, National Gallery
William Turner, Le Port de Calais, 1803, National Gallery

Peindre la lumière, un précurseur des impressionnistes

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Pour répondre aux questions sur ses œuvres, William Turner déclare : « Je n’ai pas peint cela pour que ce soit compris, mais pour montrer à quoi ressemble un tel spectacle. »

Le peintre se détache de l’art très académique pour peindre la nature et sa fureur : il peint la mer agitée, des tempêtes, la pluie ; tout pour montrer la nature dans toute sa puissance et la fragilité de l’homme.

Il peint par grands coups de pinceau, n’hésite pas à laisser la peinture s’empâter sur la toile. Il veut montrer des effets atmosphériques, peindre la nature, comme le feront presque un siècle plus tard les impressionnistes.

William Turner, Tempête de neige en mer, 1844, Tate Britain
William Turner, Tempête de neige en mer, 1844, Tate Britain

Malgré tout, ses compositions restent très construites, on sent que les toiles sont retravaillées en studio et pas peintes sur le vif comme le feront les impressionnistes.

On raconte même que, lors d’un voyage en bateau, alors qu’ils auraient été pris dans une tempête, Turner aurait demandé à se faire attacher au mât pour pouvoir observer le phénomène ! L’année suivante, il présente Tempête de neige en mer à la Royal Academy, l’œuvre issue de ce périple.

Dans d’autre toiles, il illustre la modernité, peint la nature qui évolue au fil des révolutions industrielles qui secouent l’Europe à son époque : il se plait à représenter des bateaux à vapeur, ou encore des chemins de fer.

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John Constable, Inauguration du pont de Waterloo, 1832, Tate
John Constable, Inauguration du pont de Waterloo, 1832, Tate

Turner et Constable, les grands rivaux

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Mais Turner n’était pas le seul grand peintre anglais de son époque : face à lui se dressait John Constable, lui aussi vu comme un précurseur des impressionnistes. Ce dernier était un adepte des scènes de campagne paisibles, loin de la nature exaltée de Turner ; mais les deux peintres se passionnaient pour les effets de lumière et d’atmosphère.

Il faut savoir que si en public, Constable faisait l’éloge de son aîné, il critiquait ensuite dans son dos ses tableaux qui n’étaient selon lui que « lumière et vapeur ».

William Turner, Helvoetsluys, La ville d’Utrecht prenant la mer, 1832, Fuji Art Museum
William Turner, Helvoetsluys, La ville d’Utrecht prenant la mer, 1832, Fuji Art Museum

Une anecdote raconte que, lors de l’exposition de la Royal Academy de 1832, les toiles de Turner et de Constable auraient été installées côte à côte. Turner présentait une toile assez pâle (Helvoetsluvs) tandis que son rival exposait un grand tableau riche en couleurs (Inauguration du pont de Waterloo).

(Détail)
Détail de la bouée

Alors pendant que Constable retouchait encore sa toile, avant l’ouverture de l’exposition, Turner serait entré armé d’un pinceau et aurait ajouté une bouée rouge au milieu de son tableau, pour attirer tous les regards. Il serait ensuite parti sans un mot devant l’air dépité de Constable !

Et vous alors, vous préférez Turner ou Constable ?

Et pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient en savoir plus sur cet artiste, je vous laisse avec la bande-annonce de Mr. Turner, un biopic du peintre par Mike Leigh, plutôt fidèle à ce que l’on sait de sa vie :


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