[Histoire] Roxelane, d’esclave à sultane

Aujourd’hui, que diriez-vous que je vous raconte une histoire d’amour fort peu connue mais qui mérite toutes fois d’être contée : l’histoire du sultan Soliman Ier le Magnifique et de Roxelane. D’abord esclave du sultan, elle s’illustra par son intelligence et sa beauté, qui lui permirent de gravir les échelons jusqu’à devenir sultane.
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carteL’Empire ottoman à son apogée

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Parlons d’abord du contexte, si vous le voulez bien. Notre histoire se passe au XVIème siècle dans l’Empire ottoman, qui se trouve à son apogée à cette période. Soliman Ier règne sur un empire immense qui continue de s’étendre, et est ainsi le plus puissant monarque d’Europe. Il domine la mer Méditerranée et la mer Rouge, ce qui lui assure le contrôle sur le commerce dans tout l’Occident : en discorde avec l’empire, l’Europe se voit obligée de trouver un autre chemin pour s’approvisionner en marchandises venues d’Orient (d’où la découverte de l’Amérique, et toutes ces explorations dont vous avez entendu parler mille fois à l’école) !

L’Empire ottoman s’effondre finalement au XXème siècle, déchiré par des luttes internes et considérablement affaibli par la première guerre mondiale.

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D’esclave à concubine, la lente ascension

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Roxelane était originaire de Ruthénie, un pays qui correspondait à peu de choses près à l’Ukraine actuelle, et fut enlevée et employée comme esclave à Constantinople (désormais Istanbul). On connait très peu de choses sur elle, Roxelane n’était même pas son véritable nom : il s’agit en fait d’un surnom qui lui fut donné en Occident, une déformation de « la Ruthénienne ».

Frederick Arthur Bridgman, Dans le harem, 1894

Frederick Arthur Bridgman, Dans le harem, 1894

Anecdote : en Turquie elle est appelée Khurrem, qui signifie la Rieuse.

Elle fut offerte à Soliman Ier en 1520, lors de l’accession au trône de celui-ci. Il était en effet coutume d’offrir un harem au sultan lors de son couronnement, et la jeune et jolie Roxelane était le cadeau parfait pour Soliman.

Le harem, ce n’est pas encore vraiment le rêve, mais c’est toujours mieux que d’être esclave. Les femmes étaient plutôt soignées, mais elles restaient considérées comme des objets à la disposition du sultan. Dans ce harem elles apprennent l’art de la séduction, ainsi que la langue ottomane, la poésie, la danse ; tout pour être capable de tenir une conversation et de divertir Soliman.

Leur but à toutes est de devenir concubine, c’est-à-dire la favorite du sultan.

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Le Titien, Soliman le Magnifique, v. 1530

Le Titien, Soliman le Magnifique, v. 1530

Le mariage de Soliman et Roxelane

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Notre histoire d’amour commence vraiment quand le sultan Soliman tombe fou amoureux de Roxelane : il la nomme favorite, et leur relation devient exclusive. Mais comment parvient-elle à le séduire et à se démarquer ?

On raconte qu’un jour, alors que Roxelane n’était encore que concubine, le sultan lui demanda de s’allonger sur le sol, nue, et de ramper vers lui. Elle se serait allongée, aurait commencé à ramper avant de simplement… exploser de rire !

Difficile de dire si cette anecdote est vraie, toujours est-il que c’est ainsi qu’elle aurait séduit le sultan : par son rire (d’où son surnom de Rieuse) !

Anonyme, Portrait de Roxelane, XVIème siècle

Anonyme, Portrait de Roxelane, XVIème siècle

Une fois affranchie, Roxelane se convertit à l’islam. Puis elle refuse d’avoir des relations charnelles avec le sultan, sous prétexte qu’elle ne peut pas avoir de relation avec un homme hors mariage !

Alors Soliman, fou amoureux d’elle, l’épouse en 1534, et à partir de cet instant, elle exerce une grande influence sur le sultan, se mêlant de la politique de l’empire : elle parvient même à faire exécuter un vizir qu’elle n’appréciait pas en répandant des calomnies à son sujet.

Afin d’assurer sa descendance, elle fait assassiner Mustafa, fils de Soliman et d’une précédente épouse, héritier légitime. Celui-ci est assassiné sous les yeux de son père. L’avenir de ses fils est assuré, et c’est son troisième fils, Selim, qui montera sur le trône. Contrairement à son père, cependant, son règne sera très court, il ne sera clairement pas un sultan mémorable…

Elle fait également construire de nombreux édifices, et entretient des correspondances avec d’autres monarques en Europe : loin de servir simplement de compagne au sultan, elle a un rôle politique très important !

A sa mort, Roxelane est enterrée auprès de son époux Soliman Ier (mort avant elle) dans la mosquée Süleymaniye d’Istanbul.


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[Série] Les Médicis : Maîtres de Florence – Voyage au coeur de l’Italie du XVe siècle

Depuis un bon moment maintenant je voulais regarder cette série, cependant je n’avais pas le forfait SFR adéquat, car oui, « Les Médicis : Maîtres de Florence » est une série SFR. Je n’ai donc pu m’y mettre que récemment. J’ai par conséquent regardé les quatre premiers épisodes (mais pour cause de trop de travail je n’ai pas encore pu continuer). Je vous fais part de mon avis sur la première moitié de cette saison.

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[News Série] The White Princess – Trailer et date de sortie de la série évènement !

The White Princess est à l’origine un roman historique écrit par Philippa Gregory en 2013. Son livre va être adapté en série : une nouvelle qui devrait réjouir tous les fans de cette auteur !
Philippa Gregory est une écrivaine talentueuse dans le domaine des romans historiques. Elle est l’auteur de la saga The Cousins’ War dont The White Princess fait d’ailleurs partie. Il existe déjà  une série télévisée de 10 épisodes intitulée The White Queen, basée sur différents romans – toujours de Philippa Gregory- : The White Queen, The Red Queen et The Kingmaker’s. On notera donc que les romans de cette auteur sont très appréciés, ce qui lui vaudra une  nouvelle adaptation d’un de ses livres !

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[Histoire et Mythologie] L’amour dans le monde de l’art

En ce jour de Saint-Valentin, que diriez-vous que je vous raconte quelques histoires d’amour en lien avec le monde de l’art ? Parce que l’amour est un vaste sujet, il a depuis toujours inspiré les artistes, et les œuvres sur ce sujet sont innombrables.

Raphaël, Portrait de jeune femme, 1518 – 1519, Galleria Nazionale d’Arte Antica

Raphaël, Portrait de jeune femme, 1518 – 1519, Galleria Nazionale d’Arte Antica

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L’amour fantasmé de Raphaël et la Fornarina

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Je pense que le nom de Raphaël ne doit pas vous être inconnu : génie de la Renaissance, commençant à peindre très jeune et dépassant rapidement les plus grands maitres de son époque, il est souvent présenté comme une figure emblématique de l’histoire de l’art.

Et autour de ces grands génies naissent souvent des rumeurs, et celle dont je veux vous parler aujourd’hui est celle de la Fornarina, modèle du peintre au nom inconnu (son surnom signifiant « la boulangère » vient du fait qu’elle est probablement fille de boulanger).

Elle servit notamment de modèle à Raphaël pour réaliser son Portrait de jeune femme, la représentant nue et à peine couverte par un fin voile. Autour de son bras gauche, elle porte un bracelet avec la signature de Raphaël : il n’en faut pas plus pour que soit imaginée une histoire d’amour entre le peintre et son modèle, qui serait en fait sa maitresse. Elle aurait également servi de modèle au peintre pour une autre toile, intitulée La donna velata.

Mais rien ne prouve la véritable existence de cette liaison, possiblement inventée des années après la mort de Raphaël : Jean-Auguste-Dominique Ingres appuie cette rumeur en représentant sur une toile la jeune femme et l’artiste enlacés.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Raphaël et la Fornarina, 1814, Fogg Museum

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Raphaël et la Fornarina, 1814, Fogg Museum

Au final, il s’agit probablement d’un fantasme inventé pour nourrir le mythe qui entoure l’artiste depuis des siècles.

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Akhenaton, Néfertiti et une princesse, 1352 – 1336 av. J.-C., Musée Petrie d’archéologie égyptienne

Akhenaton, Néfertiti et une princesse, 1352 – 1336 av. J.-C., Musée Petrie d’archéologie égyptienne

Akhenaton, Néfertiti et leurs filles : l’amour en Egypte ancienne

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Le pharaon Akhenaton régna en Egypte au XIVème siècle av. J.-C., et instaura pendant qu’il était au pouvoir une religion nouvelle, ébranlant des siècles de croyance pour imposer son dieu, Aton (imaginez le charisme qu’il faut, pour mettre un coup de pied dans tout ce que les gens croyaient et s’imposer ainsi !). Il déplace même sa capitale, dans une ville qu’il fait ériger à peu de chose près au centre de l’Egypte.

Cependant, il ne régna pas seul : son épouse, Néfertiti, resta toujours à ses côtés et occupa un rôle très important dans la gestion du pays. Elle fut une reine puissante au pouvoir considérable aussi bien dans le domaine de la politique que dans le domaine de la religion.

Mais ce n’est pas le sujet du jour ! Parlons plutôt des représentations de Néfertiti, Akhenaton et leurs filles : parce qu’en plus d’un nouveau culte, un art totalement inédit voit le jour sous leur règne. On est loin des représentations très froides retrouvées auparavant dans l’art égyptien, Akhenaton et Néfertiti se représentent véritablement comme un couple, et les œuvres les représentants dégagent une certaine tendresse.

Les représentations de leur famille sont également nombreuses : on peut y voir le couple royal embrassant leurs filles, jouant avec elles dans des scènes très douces, présentant la famille royale sous un jour moins officiel. L’amour se lit très clairement dans ces œuvres.

La reine Néfertiti embrassant une de ses filles, 1352 – 1346 av. J.-C., Brooklyn Museum

La reine Néfertiti embrassant une de ses filles, 1352 – 1346 av. J.-C., Brooklyn Museum

A la mort d’Akhenation, sa mémoire est damnée, tout comme celle de sa femme ; le couple est renié pour ses changements religieux et politiques qui sont vus comme une profanation. La damnation mémorielle se fait en effaçant les visages d’Akhenaton et de Néfertiti des œuvres les représentants, comme pour les faire tomber dans l’oubli tous les deux.

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Ardhanarishvara, Vème siècle, musée de Mathura

Ardhanarishvara, Vème siècle, musée de Mathura

Les amours des dieux : Shiva et Parvati

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Les amours des dieux sont une mine d’or pour les artistes : il suffit par exemple de penser à la mythologie gréco-romaine, qui regorge d’aventures amoureuses en tous genres. Mais nous allons aujourd’hui jeter un œil du côté de l’Inde, pour parler de l’amour entre le dieu Shiva et son épouse Parvati.

A vrai dire, nous allons plus précisément parler d’Ardhanarishvara (à vos souhaits) : l’androgyne shivaïte. Il s’agit en fait de l’association du dieu et de son épouse dans un seul être. Son côté gauche est féminin, et son côté droit est masculin

Dans certains textes, il est raconté que Parvati, soupçonnant son époux d’infidélité, avait souhaité après une dispute rester pour l’éternité avec lui, dans un même corps. Ils fusionnèrent alors pour former Ardhanarishvara.

Un autre mythe du nord de l’Inde raconte que Parvati était terriblement jalouse de la déesse Gange, et que pour calmer sa jalousie, Shiva fusionna avec elle.

D’autres textes encore préfèrent parler de l’amour de Parvati pour son époux : elle lui aurait demandé de fusionner avec elle, de la laisser résider dans son corps, et Ardhanarishvara se forma pour répondre à son souhait.

Ardhanarishvara, VIème – VIIIème siècle, site d’Elephanta

Ardhanarishvara, VIème – VIIIème siècle, site d’Elephanta

Au final, nombreux sont les mythes qui évoquent la naissance de cet androgyne shivaïte, à vous donc de voir celui que vous préférez !

Toujours est-il qu’Ardhanarishvara est une figure importante de l’hindouisme, qui symboliserait la nature divine qui ne serait ni vraiment masculine, ni vraiment féminine, comme chacun d’entre nous.

Voilà tout ce que je vous présenterai aujourd’hui, mais il existe une infinité d’autres œuvres qui gravitent autour du thème de l’amour, que je vous invite à découvrir. Des amants maudits aux couples royaux en passant par les liaisons des dieux, il en existe pour tous les goûts, s’adaptant à tous les styles.

Et encore aujourd’hui, nombreux sont les artistes qui s’en inspirent !


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