[Art] Les Mille et Une Nuits, l’Orient fantasmé dans l’art du XIXème

Au XVIIIème siècle, Les Mille et Une Nuits sont traduites et publiées en France, participant à la fascination de la haute société pour l’Orient, vu comme mystérieux. De nombreux artistes s’intéressent à cet Orient fantasmé, avec un goût pour l’image du harem, entre autres, mais aussi un intérêt pour la lumière pure et les couleurs vives qu’on y retrouve.

Certains artistes, comme Eugène Delacroix, font même le voyage jusqu’en Afrique du Nord, au Proche-Orient, en Turquie, pour observer véritablement les mœurs locales. Ce courant orientaliste se divise finalement en deux groupes : ceux qui ont fait le voyage et traduisent leurs observations, et ceux qui se basent exclusivement sur leurs idées reçues.

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Sani ol-Molk, Illustration tirée des Mille et Une Nuits, 1849 – 1856
Sani ol-Molk, Illustration tirée des Mille et Une Nuits, 1849 – 1856

Les Mille et Une Nuits et sa traduction édulcorée

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On connait tous plus ou moins Le Livre de Mille et Une Nuits, ce récit d’origine arabe constitué d’une multitude de contes, eux-mêmes intégrés à une plus large histoire.

Le récit principal commence par le sultan Shahryar, qui fait condamner à mort son épouse après avoir découvert son infidélité. Blessé, il refuse de se fier aux femmes, et décide de prendre une nouvelle femme chaque soir et de la faire assassiner au matin. De nombreuses femmes subissent ces exécutions quand Shéhérazade, fille du vizir, demande à ce que le sultan la prenne pour épouse. Le vizir refuse d’abord, horrifié à l’idée que sa fille marche ainsi vers une mort certaine, mais elle promet avoir un plan.

Ainsi chaque nuit, elle conte au sultan une nouvelle histoire qu’elle interrompt à l’aube. Shahryar, curieux, ne la fait alors pas exécuter, désireux de connaitre la suite du récit. Shéhérazade parvient à suspendre le temps par ses contes pendant mille et une nuits, échappant à la mort.

Les origines des Mille et Une Nuits sont obscures, la version finale daterait environ du XIIème siècle, mais les premiers contes seraient apparus près de mille ans plus tôt.

C’est Antoine Galland qui traduit le récit en français pour la première fois au XVIIIème siècle, mais il ne livre qu’une version très édulcorée de l’ouvrage ! Il le remanie pour l’adapter au public occidental, il supprime l’érotisme du texte ainsi que quelques détails. Il ajoute même des histoires inédites, comme les très célèbres Aventures de Sinbad, ou encore Ali Baba.

Cette traduction, bien qu’assez éloignée du livre original, permet d’ouvrir pour les artistes une porte vers l’Orient, et marque une source d’inspiration considérable.

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Les fantasmes du harem et de l’esclave blanche : l’Orient imaginé

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Nombreux sont les peintres qui se plaisent à représenter des thèmes orientaux, mais très peu d’entre eux ont véritablement fait le voyage ! Ils se basent sur leurs maigres connaissances de l’Orient, et surtout sur leur imagination, pour peindre des tableaux orientalisants mais terriblement éloignés de la réalité.

Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827, musée du Louvre
Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827, musée du Louvre

L’image du harem, celle de l’esclave blanche, sont très prisées. On imagine un monde oriental où les souverains sont entourés d’un grand nombre de femmes, toujours dénudées, avec un érotisme non masqué. Un certain mysticisme entoure ces lieux très secrets : les artistes ne peuvent qu’imaginer, en accord avec leurs canons !

Pour illustrer mes propos, je vous présente La Mort de Sardanapale, une huile sur toile d’Eugène Delacroix : on y voit le suicide de Sardanapale alors que sa ville est assiégée, il décide de se donner la mort entouré de toutes les choses qu’il aime. Ses esclaves, ses favorites, ses chevaux… On voit parfaitement ici cette image d’un sultan richissime entouré de richesse, d’une décadence débordante ! Et regardez surtout la favorite de Sardanapale, Myrrha, effondrée sur le lit : la peau très pale, les cheveux roux, elle correspond au canon occidental, au fantasme des artistes et de la société de l’époque !

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Eugène Delacroix, Les femmes d’Alger, 1834, musée du Louvre
Eugène Delacroix, Les femmes d’Alger, 1834, musée du Louvre

Les conquêtes de Napoléon, à la découverte de l’Orient véritable

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Eugène Delacroix fait partie de ces artistes qui, grâce aux expéditions de Napoléon Ier, partent à la découverte de ces pays dont ils ont rêvé. En 1832, il fait le voyage en Afrique du Nord, et peut alors observer la réalité derrière le fantasme. A son retour, son art s’en retrouve changé, comme on le voit sur ces Femmes d’Alger ! Plus d’esclaves blanches, de harems dénudés, mais de véritables observations ethnographiques.

Eugène Fromentin, Le pays de la soif, 1869, musée d’Orsay
Eugène Fromentin, Le pays de la soif, 1869, musée d’Orsay

D’autres, comme Eugène Fromentin, préfèrent dépeindre la dureté de la vie, il peint le désert, la mort, la soif. La manière dont il illustre le ciel et les paysages montre de véritables observations, il parvient à rendre cette lumière si particulière qui fascine les artistes. Dans Le pays de la soif, il montre des hommes dont la caravane a été attaquée, qui sont laissés dans le désert, condamnés à souffrir de la chaleur et de la soif. La mort et le désespoir règne dans cette peinture qui n’a plus rien des doux fantasmes offerts par la lecture des Mille et Une Nuits.

Ainsi les Mille et Une Nuits marquent une source importante de fantasmes sur l’Orient, fantasmes qui sont bien vite démontés quand les artistes voyagent ! Certains, comme Jean-Auguste-Dominique Ingres, représentent toutes leurs vies ces harems et cette décadence imaginaires, terriblement clichés ; alors que d’autres comme Delacroix préfèrent voir de leur yeux cet Orient qui les fait tant rêver. J’espère que cet article vous aura donné envie d’en savoir plus sur ce courant, ou encore de (re)découvrir ces merveilleux contes que sont les Mille et Une Nuits !


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