[Critique Littéraire] A l’estomac, le dernier roman de Chuck Palahniuk

Je vous présente un livre coup de poing, qui ne laissera aucun lecteur indifférent, il s’agit de À l’estomac de Chuck Palahniuk, l’auteur de Fight club, publié chez Points le 3 novembre 2016, il fait 525 pages.

Voici ce que l’on trouve sur la quatrième de couverture :

En répondant à cette mystérieuse annonce, les vingt-trois protagonistes d’A l’estomac s’imaginaient couler des jours tranquilles dans un endroit de rêve. Oui, mais voilà, l’endroit en question, un théâtre délabré est… terrifiant. Isolés du monde, maltraités, privés petit à petit de toute ressource – chauffage, lumière et surtout nourriture -, nos écrivaillions s’affolent. Convaincus qu’ils sont l’objet d’une mise en scène propre à nourrir le best-seller de l’année ou le scénario d’un reality-show a succès, tous se lancent dans une compétition acharnée pour survivre. A mesure que se dégradent les conditions de vie, leurs manigances pour sortir indemnes de ce lieu infernal se font plus cruelles, et leurs écrits, qui composent le livre, plus déviants.

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Un livre choc !

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Nous suivons une vingtaine de personnages dans ce roman, des personnages ou des allégories, des gens sans nom, avec des surnoms révélateurs de comportements ignobles : Duc des Vandales, Dame Clocharde, Chef Cuisinier Assassin, Révérend Impie et bien d’autres. Ces personnages se retrouvent dans un huis-clos qu’ils ont accepté : une retraite littéraire de trois mois qui leur permettra d’écrire leur chef-d’œuvre. Tentant me direz-vous, c’est ce que les protagonistes se sont également dit en acceptant de suivre M. Wittier, un vieil homme qui semble savoir ce qu’il fait. Mais quel désenchantement quand ils arrivent dans un théâtre condamné, décrépi et calfeutré, dans lequel les conditions de vie promettent d’être désagréables.

Après un essai de fuite rapidement avorté, les personnages décident de devenir des martyrs ou du moins des célébrités et attendent avec peu d’impatience leur sortie car ils vont chercher à se transformer physiquement et moralement. À la différence du film Saw, où les personnages sont obligés de s’infliger certains supplices, ici ils le font consciemment afin d’être la personne la plus touchée, atteinte par la violence de cet emprisonnement et avoir « le meilleur rôle ».

Avec l’intérieur du théâtre, les supplices et les destructions d’objets essentiels à un bon quotidien, on trouve une alternance des points de vue des personnages, qui écrivent chacun un poème et racontent leur histoire, qui expliquent comment ils sont arrivés ici : entre meurtre, vie difficile, rêve désillusionné, tous les personnages ont quelque chose à se reprocher. On a donc un huis-clos de personnages tous plus dangereux et atteints. L’alternance entre leur vie d’avant et la vie dans le théâtre désaffecté est très intéressante, le lecteur découvre des comportements humains suites aux déceptions qu’ils ont connues. L’écriture est très agréable, l’alternance poème et vie extérieure/vie intérieure était intéressante stylistiquement. Parfois quelques longueurs étaient présentes lorsqu’ils « jouent » leurs rôles, mais elle ne durent pas grâce à ce procédé. 

Un point reste à être éclairé : qui est le narrateur ? Il utilise le je, mais ne se présente pas malgré le fait qu’il soit enfermé avec les autres. C’est assez déstabilisant et je me suis demandée si je n’étais pas passée à côté d’indices permettant de le deviner. On se demande également comment les personnages peuvent être aussi déconnectés du monde réel, leur vie est un rôle, ce sont des acteurs qui déclament leur vie, ils cherchent donc à s’illustrer dans la douleur, dans la faim afin d’être eux-mêmes représentés par un quelconque acteur qui jouera son rôle dans une reconstitution de leur calvaire.

Certaines scènes tombent dans le gore, le scatologique et le macabre. La scène de la piscine avec le personnage Saint Descente de Boyaux a été difficile à poursuivre… Ce livre représente tous les travers de l’Homme, jusqu’où est-il près à aller non pas pour vivre mais pour être célèbre, connu et surtout reconnu. De nombreux comportements sont ainsi dénoncés : pédophilie, meurtre, prostitution, déviances sexuelles, … Et ils montrent la perdition de personnes face à la vie.

Un très bon livre, à ne pas mettre entre toutes les mains. Si vous avez aimé Fight club et d’autres livres de Chuck Palahniuk, vous ne serez pas déçu !

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