[Critique littéraire] Déclic de Stéphane Jolibert – L’ironie, maître mot de ce thriller

Vous tombez par hasard sur un sac rempli de billets. Vous n’avez aucune idée de sa provenance. Arriverez-vous à supporter la tentation extrême de vous enfuir avec ? Serez-vous capable de prévenir la police pour faire constater votre étrange découverte ? Je n’en suis pas si sûr… C’est la délicate situation à laquelle sont confrontés Madi et Momo d’une part, et Léandre d’autre part. Bienvenue dans Déclic. C’est un thriller de Stéphane Jolibert paru aux éditions Du Masque en mars 2017. Il fait 320 pages et il ne vous faudra débourser qu’une dizaine d’euros pour l’acquérir aux éditions Le Livre de Poche.

Résumé de la 4ème de couverture

Léandre a une femme qui le déteste et deux filles qui le méprisent. Lorsqu’il rentre chez lui après le travail, s’il n’a pas fait un détour par le bistrot du coin, il s’efforce d’opposer le silence à la mauvaise foi, l’indifférence à la méchanceté. Un matin, son existence bascule. Il trouve dans le courrier une enveloppe qui contient assez d’argent pour changer la vie d’un homme.
Madison a un prénom de fille. Avec Momo, son ami de toujours, ils règlent leur compte à ceux qui osent se moquer. Entre les coups de son père et ceux de la vie, Madison rêve de quitter   la cité. Un jour, Momo et lui tombent sur un cadavre. À son côté, un sac de sport rempli de billets. De quoi s’offrir une seconde chance.
Et vous, que feriez-vous si vous pouviez changer de vie ?
Déclic - Photo
Existe aussi aux éditions Du Masque

Contexte de lecture

Après une pause d’un an due à des études quelque peu chronophages, j’ai récemment repris mon souffle en dévorant un livre sur lequel je suis tombé par hasard en traînant dans une librairie. Intitulé Déclic, c’est finalement une métaphore de ce qui m’a poussé à lire ce roman. Le déclic : cette envie de me replonger dans la littérature après avoir manipulé pendant dix mois équations, formules et concepts scientifiques pour le moins abstraits.

A propos

Dans tous les cas, je suis très content d’avoir repris avec ce thriller qui se lit très facilement. C’est l’histoire de deux histoires (eh oui !) qui ne sont initialement pas liées : dans chacune d’elles, l’élément déclencheur est la découverte improbable d’une somme considérable d’argent en liquide. D’où vient-il ? Vous le saurez en lisant le roman ! Mais de toute façon, ce n’est pas tellement le plus important. Ce qui est intéressant, c’est de voir ce que les chanceux vont faire de cette richesse inespérée. Comment vont-ils évoluer ? Cela va-t-il les aider à s’extraire de leur situation sociale et économique peu enviable ? Suspense.

Donc, si cela fait longtemps que vous n’avez pas lu et que vous voulez reprendre en douceur, ou que vous voulez faire un break avec les écrits plus travaillés littérairement parlant, ce bouquin est fait pour vous. C’est un thriller raconté sur le ton de l’humour et contenant des passages théoriquement très violents mais euphémisés par une ironie constamment présente et par une écriture soignée. Ce n’est donc pas une histoire qui prend la tête, mais vous élaborerez tout de même nombre de théories pour comprendre le lien entre les deux histoires. Amateur de ce genre de déduction, je me suis fait surprendre par la chute qui, bien que logique après coup, est difficile à prédire…

Un humour omniprésent et une simplicité d’écriture en faveur d’un récit vivant

Déclic - photo 2Pour en revenir rapidement à l’écriture, je trouve que Jolibert a une belle plume et qu’il manie parfaitement les mots pour l’humour et les doubles sens, chose que j’apprécie franchement. Toutefois, comme je l’indiquais précédemment, cela reste très agréable à lire : l’écriture n’est pas surchargée, au contraire, elle semble légère, aérienne. Tout est proportionné comme il se doit. Il en va de même pour les chapitres, courts et créateurs de suspense, permettant le changement de personnages.

En outre, la narration est à la troisième personne du singulier, sauf pour un personnage (et d’ailleurs celui auquel on s’attache le plus), le tout sous un point de vue interne (ce qui nous donne accès aux pensées de tous les personnages), malgré quelques petits passages pseudo-omniscients. Ce petit jeu d’exceptions dans la narration donne encore plus de peps à l’histoire et rend le lecteur d’autant plus désireux de découvrir la suite. Vous verrez, il est sincèrement difficile de s’extraire du livre…

Des personnages tous autant singuliers les uns que les autres

Pour clore cet article, quoi de mieux que de parler des personnages ? De par la narration à la première personne du singulier, Jolibert place Madison en véritable protagoniste. Son ami Momo et lui forment un duo singulier, à la fois sensible et brutal, drôle et glaçant. Mais grâce au point de vue interne, on découvre qu’ils ont bon fond. Faire le Mal pour garantir le Bien. Telle serait leur maxime. Finalement, cela fait réfléchir. La violence est-elle légitime pour l’éviter a posteriori ? A vous de vous faire votre idée en suivant cette histoire. Léandre est, quant à lui, l’autre personnage principal, celui de la deuxième histoire. Tout s’acharne sur cet Ouvrier (vous comprendrez la majuscule rapidement) : son maître de travaux, sa femme, ses enfants… la vie somme toute ! C’est un homme résigné qui va cependant voir dans l’argent miraculeusement arrivé dans sa boîte à lettres un moyen de se métamorphoser et de prendre une revanche sur la vie. Va-t-il fuir cet enfer ? Va-t-il vouloir se venger sur sa famille détestée ? Va-t-il investir ou bien dépenser cette fortune ? D’autres personnages s’ajoutent au fur et à mesure que l’on se plonge dans Déclic et acquièrent de plus en plus d’importance. Au point qu’une troisième histoire parallèle apparaîtra. Mais je ne vous en dis pas plus.

Ainsi, si vous souhaitez être entraîné dans une histoire à la fois rocambolesque et humoristique, foncez. Ce roman se lit aisément et ne prend absolument pas la tête, c’est parfait si vous voulez faire un break avec le boulot et que vous voulez quelque chose de reposant intellectuellement. Ce qui ne veut pas dire que Jolibert ne nous fait pas réfléchir…

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_Étudiant en école d'ingénieur la journée, je me transforme en lecteur vorace dès la nuit tombée. Lecteur éclectique, je vous ferai découvrir de tout (et n'importe quoi !)._

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