[Critique littéraire] Eldorado, Laurent Gaudé

Aujourd’hui je vais vous parlez d’un coup de cœur littéraire : Eldorado, Laurent Gaudé, publié chez J’ai lu (2 mars 2009), vous pouvez aussi le trouver chez Actes Sud (28 septembre 2007). Ce roman est assez court (224 pages) mais puissant. Il parle de la situation dramatique des migrants mais aussi des policiers qui doivent les arrêter.

Ce roman aborde les thématiques de l’immigration clandestine, de la famille, du rêve d’une vie meilleure mais aussi des questions plus profondes sur le but de notre travail et de notre vie.

Voilà ce que l’on retrouve sur la quatrième de couverture :

« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. »
Pour fuir leur misère et rejoindre l' » Eldorado « , les émigrants risquent leur vie sur des bateaux de fortune… avant d’être impitoyablement repoussés par les gardes-côtes, quand ils ne sont pas victimes de passeurs sans scrupules. Le commandant Piracci fait partie de ceux qui sillonnent les mers à la recherche de clandestins, les sauvant parfois de la noyade. Mais la mort est-elle pire que le rêve brisé ? En recueillant une jeune survivante, Salvatore laisse la compassion et l’humanité l’emporter sur ses certitudes…
Voyage initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption : le romancier au lyrisme aride manie les thèmes de la tragédie antique avec un souffle toujours épique. L’EXPRESS

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Le roman se compose de treize chapitres, dans lesquels s’entremêlent deux histoires liées à l’immigration clandestine.

On suit deux personnages principaux. Le premier, le commandant Salvatore Piracci, vit à Catane, où de nombreux immigrés se retrouvent en mer aux alentours de la Sicile. Piracci est un policier maritime, son travail consiste au sauvetage puis à l’arrestation de clandestins arrivés par voie maritime sur des bateaux de fortune. Un événement va faire basculer la vie quotidienne de Piracci : une femme, qu’il a sauvée il y a deux ans des flots, vient lui demander un service qui va lui poser quelques questionnements moraux. L’autre personnage, Soleiman (on n’apprend son identité qu’au chapitre quatre), souhaite quitter le Soudan par tous les moyens. Le lecteur suit les aventures de ses deux personnages dans toute l’Afrique et l’Europe.

On s’attache à ces deux protagonistes, très différents et qui ne vivent pas sur le même continent ni dans les mêmes conditions, mais qui cherchent tous les deux un but dans l’existence.

J’ai été très émue par la séparation de Soleiman et de son frère Jamal en Libye, en effet ce dernier ne peut pas le suivre suite à une annonce bouleversante. On ressent vraiment la douleur de Soleiman, notamment par l’utilisation du pronom « je » qui rapproche ce personnage du lecteur instantanément.

Je me suis trompé. Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s’arracher la peau pour quitter son pays. Et qu’il n’y ait ni fils barbelés ni poste frontière n’y change rien. J’ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l’on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. P91

Le rythme de ce roman alterne les phases de descriptions, qui sont d’ailleurs très poétiques et imagées et des moments de suspense dans l’aventure des personnages. Le suspense dans le roman est parfois insoutenable, tellement le lecteur craint pour la vie de ses deux héros. Les rebondissements sont très présents, ils montrent la complexité du parcours d’hommes et de femmes qui souhaitent quitter leur pays où ne règnent que misère, maladie et aucune possibilité de s’en sortir. Ces personnes sont prêtes à tout, même à risquer leur vie, à perdre tout sentiment d’humanité, pour espérer une vie meilleure : l’Eldorado.

L’herbe sera grasse, dit il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbèreront les rayons du soleil. Les forets frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux la bas. Et la vie passera comme une caresse. L’eldorado commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec nous autres et nos vies sont lentes. P111-112

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Laurent Gaudé

Le style d’écriture de Laurent Gaudé est vraiment appréciable, il suffit de lire la première page du roman pour voir la beauté de la description d’un simple marché aux poissons.

Je recommande vraiment ce livre, qui donne un sujet réflexif et qui montre le point de vue d’hommes qui vivent cette situation d’immigration clandestine au péril de leur vie, pour échapper à la guerre, à la violence, à la misère de leur pays d’origine, et non le point de vue des politiques.

Pour conclure, ce roman est un coup de coeur qui nous entraîne dans un périple humain, et qui est un hymne à la tolérance.

Autres titres du même auteur que je vous recommande :

Cris, Actes Sud, 2001

La Mort du roi Tsongor, Actes Sud, 2002

Le Soleil des Scorta, Actes Sud, 2004

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Et vous ?

L’avez-vous lu ? L’avez-vous aimé ? Avez-vous lu un autre livre de Laurent Gaudé ?

 

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