[Critique littéraire] Il faut qu’on parle de Kevin, Lionel Shriver

Je vais vous parler aujourd’hui d’un livre bouleversant qui ne laissera aucun lecteur indifférent. Il s’agit du roman Il faut qu’on parle de Kevin de Lionel Shriver. Ce livre fait 608 pages et vous pouvez le trouver sous format poche aux éditions J’ai Lu (16 avril 2008) et au format broché chez Belfond (7 septembre 2006).

Ce roman se rapporte à la situation dramatique d’une famille américaine. De nombreux thèmes sont abordés comme les liens familiaux, la violence, l’adolescence, l’identité, la maternité et les troubles psychiatriques.

Voici ce que l’on retrouve sur la quatrième de couverture de Il faut qu’on parle de Kevin 

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.Elle se souvient qu’elle a eu du mal à sacrifier sa brillante carrière pour devenir mère. Qu’elle ne s’est jamais faite aux contraintes de la maternité. Que dès la naissance elle s’est heurtée à un enfant difficile. Que l’arrivée de Celia, petite soeur fragile et affectueuse, n’a fait que creuser le fossé entre mère et fils. Qu’elle aura passé des années à scruter les agissements de Kevin sans voir que son ambivalence envers lui n’avait d’égale que la cruauté et la malveillance du rejeton. Et, quand le pire survient, Eva veut comprendre : qu’est-ce qui a poussé Kevin à commettre ce massacre ? Et quelle est sa propre part de responsabilité ?

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Eva rédige des lettres à son époux pour lui raconter son quotidien suite au drame qui l’a touchée, qui n’est qu’autre que le massacre occasionné par son fils dans son lycée et provocant la mort de nombreux camarades.

Ce livre est très bien conçu : une alternance entre le passé d’Eva (sa rencontre avec son mari, son travail, qui la fait écrire et voyager, qu’elle adore, la naissance de ses enfants et notamment celle de Kevin qui sera un événement traumatisant) jusqu’au massacre dans le lycée et sa vie après l’incarcération de Kevin et les nombreux questionnements qu’elle est en droit de se poser.

L’intrigue est prenante, on a du mal à lâcher ce livre car on sent tout au long de ce dernier une montée en puissance et en violence des actes de Kevin , de sa naissance à son adolescence, qui conduiront à une horreur finale énoncée dans les dernières pages et qui ne déçoit pas le lecteur.

L’ambiance est oppressante pour le lecteur, qui se sent pris entre les membres de cette famille et qui participe en « voyeur » impuissant aux actes de Kevin, mais qui par l’écriture fluide ne peut s’empêcher de s’arrêter. Les personnages principaux de ce roman sont dans un nombre limité, celui de la famille, celui de la vie privée : Eva (mère de famille et femme accomplit professionnellement et conjugalement), son époux, Franklin, qui gardera un rôle secondaire, Kevin (personnage éponyme et fils ainé de la famille), Celia (petite fille sans histoire). Les personnages extérieurs à cette famille ne sont que secondaires à l’intrigue de l’histoire. Le lecteur est donc impliqué dans le cocon familial, qui est loin d’être rassurant. L’angoisse qui découle du texte vient bien entendu du suspense, de la montée en violence de Kevin mais aussi de l’intériorité de cette famille dans laquelle l’arrivée de Kevin va tout bousculer et détruite la tranquillité : la peur se trouve dans le foyer et on ne peut pas la contrôler. Freud parlait d’Unheimliche (« l’inquiétante étrangeté ») pour caractériser cette peur dans la sphère privée.

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We need to talk about Kevin

Le sujet fait écho à des drames qui sont réguliers (notamment aux Etats-Unis) : les massacres dans des établissements scolaires de jeunes étudiants. Le livre cherche à questionner les causes diverses de ce qui peut pousser une jeune homme à faire ce carnage. Mais ce qui change des points de vue de la société (armes à feu, jeu vidéo violent, … ) est le point de vue des parents, ici de la mère, qui s’interroge sur l’éducation et l’amour qu’elle a pu donner à son enfant. Jusqu’à quel point les parents sont-ils coupables dans la création de dérives chez leurs enfants ?

On peut juger Kevin comme un psychopathe qui n’aurait pas été identifié malgré de nombreux signes dès son plus jeune âge et ainsi innocenter ses parents.

L’intérêt de cet ouvrage est également, il faut le souligner,  le style épistolaire, trop souvent déprécié car manquant de rythme, qui ici redonne une nouvelle jeunesse avec un suspense qui coupe le souffle au lecteur avec un final impensable.

We need to talk about Kevin
We need to talk about Kevin

Pour conclure, ce livre épistolaire permet de questionner un sujet de société en donnant une nouvelle dimension (celle des parents) qui ne laissera pas le lecteur déçu de sa lecture et qui lui laissera au contraire un sentiment d’une lecture forte.

« – C’est dur d’être une maman. Personne n’a jamais fait voter de loi disant qu’il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. … »

A voir l’adaptation de ce livre We Need to Talk About Kevin, Lynne Ramsay, 2011

Autre film sur la même thématique : Elephant, Gus Van Sant, 2003

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Et vous ?

L’avez-vous lu ? L’avez-vous aimé ? Avez-vous envie de le lire ? 

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Review [Critique littéraire] Il faut qu’on parle de Kevin, Lionel Shriver

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