[Critique Littéraire] La Chute, Albert Camus

Pour poursuivre cette première semaine spéciale « classiques » je vous propose un court roman : La Chute d’Albert Camus, publié en poche chez Gallimard, dans la collection Folio (18 janvier 1972), il fait 152 pages.

Voici ce que l’on trouve sur la quatrième de couverture :

Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation. […] J’avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j’entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d’un corps qui s’abat sur l’eau. Je m’arrêtai net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j’entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s’éteignit brusquement.

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Ce roman reste un classique novateur par sa forme de monologue, où un seul personnage parle. On ne trouve donc aucune autre intervention d’un autre personnage. On comprend juste que notre héros, Jean-Baptiste Clamence, s’adresse à un homme qu’il a rencontré lors d’un séjour à Amsterdam. Son monologue se déroulera lors de promenades dans cette ville.

Ce monologue aborde de nombreuses thématiques qui tournent toujours autour de la philosophie. Il utilise son passé et ses souvenirs pour faire irruption des concepts philosophiques comme l’amitié, l’amour, la liberté, le désir, la vérité, la mort et le courage.

Le titre de l’ouvrage fait référence à un épisode marquant du narrateur où il a entendu une personne tombée à l’eau et n’a rien fait pour la sauver alors qu’elle appelait à l’aide. L’autre possibilité pour expliquer ce titre est la chute ou la descente aux enfers de Clamence. En effet, ce dernier est un juge pénitent qui est populaire auprès de son entourage et auprès des femmes et il est grandement respecté. Mais petit à petit l’hypocrisie ambiante lui fait changer d’attitude et un nouveau profil devient visible et veut détruire cette « fausse réputation flatteuse » (p98) et devient peu à peu un homme antipathique pour la société.

Le lecteur comprend cette homme qui veut se libérer de carcans liés à la société, et qui cherche la vérité dans l’être humain afin de s’affranchir des mensonges et faux-semblants.

Camus mêle très bien la narration du genre romanesque mais aussi des concepts philosophiques.

Le style de Camus est comme dans toute son œuvre toujours très épuré, il réussit à donner une impression de distance avec son personnage qui est très intéressante. Il n’y a pas de fioritures ou d’excès, les descriptions servent à planter le décor tout en finesse.

Amsterdam semble ne pas avoir été choisi par hasard, et elle permet au narrateur de nombreuses références, notamment à Dante.

« Avez-vous remarqué que les canaux concentriques d’Amsterdam ressemblent aux cercles de l’enfer » (p18)

Le personnage Jean-Baptiste Clamence raconte ainsi sa vie et l’illustre de concepts existentiels. Pour le décrire, on sait qu’il est quadragénaire, juge pénitent, qu’il a vécu à Paris avant d’arriver à Amsterdam. La description est simple et permet au lecteur de s’intéresser bien plus au contenu de ses paroles plutôt qu’au personnage lui-même, qui est ainsi une sorte de relai pour aborder la vie et les questions qui en découlent.

Camus joue souvent avec les noms de ses personnages, on connaît bien sûr Meursault dans L’Etranger et ici Clamence, qui ramène bien sûr à la clémence de la justice.

Je recommande ce court roman, qui est moins connu que L’Etranger ou que La Peste, mais qui a tout autant de puissance.

L’abord philosophique est également très intéressant mêlé à la narration de type monologue.

« Puisque j’avais besoin d’aimer et d’être aimé, je crus être amoureux. » (p105)

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Et vous ?

L’avez-vous lu ? Voulez-vous le lire ? Avez-vous lu un autre livre d’Albert Camus ?

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