[Peinture] Artemisia Gentileschi, lutter pour peindre

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je suis d’avis qu’on ne parle pas suffisamment des femmes dans le monde de l’art. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, vu que l’on entend peu parler d’elles, il y avait bien des femmes artistes, et ce à toutes les époques !

Il a toujours été très difficile pour les femmes d’accéder à une éducation artistique, jusqu’à la fin du XIXème siècle où – enfin ! – certains académies décident d’ouvrir leurs leçons aux femmes désirant devenir peintres. Et pourtant, ces difficultés à être formées n’ont pas arrêté un bon nombre d’entre elles, qui se sont battues pour se faire une place dans le monde terriblement masculin qu’est le monde de l’art.

Aujourd’hui, pour introduire cette série sur les femmes artistes, j’ai fait le choix de vous parler d’une artiste de la Renaissance, Artemisia Gentileschi.

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Un événement traumatisant qui forge son art

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Artemisia fut l’une des premières peintres reconnues dans le monde très masculin de la Renaissance : certaines d’entre elles peignaient, bien sûr, mais elles étaient souvent limitées au genre du portrait. Mais Artemisia refuse de se limiter à ce genre, et préfère se consacrer à la peinture d’histoire.

Autoportrait en allégorie de la peinture, 1638-39, Windsor, Royal Collection
Autoportrait en allégorie de la peinture, 1638-39, Windsor, Royal Collection

Pour elle, les difficultés commencent dès sa formation : elle apprend auprès de son père, Orazio Gentileschi, lui aussi peintre, mais fait face au refus de plusieurs académies. Un ami de son père, Agostino Tassi, accepte de la former.

Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, Tassi n’a rien d’un défenseur des droits des femmes, loin de là : alors qu’elle a 19 ans, son père intente un procès pour le viol d’Artemisia à Tassi, procès qui durera sept mois et fera grand bruit. Artemisia, violée par le peintre, avait essayé d’étouffer l’affaire pour préserver sa réputation, mais son père ne l’entend pas de cette oreille. En effet, ce genre de procès est encore assez rare à l’époque.

Artemisia souffre beaucoup lors du procès, elle doit subir des examens qui sont pour elle une torture, et il est même raconté qu’elle n’était déjà plus vierge au moment de son entrée dans l’atelier de Tassi (la virginité étant encore à l’époque de rigueur pour qu’une femme puisse se marier). Elle est déshonorée, sa carrière professionnelle est entachée ; mais Tassi est tout de même déclaré coupable, puisqu’il fut découvert qu’il avait déjà violé d’autres femmes, et même planifié le meurtre de sa femme.

Après son viol, son art s’en retrouve totalement changé. Elle peint des scènes religieuses très violentes qui lui permettent d’exprimer sa douleur : elle représente des femmes puissantes qui prennent leur revanche sur des hommes cruels. L’intensité dramatique et la violence des scènes sont parfaitement rendues dans ses toiles au violent clair-obscur, inspiré par les œuvres du Caravage.

A sa mort, l’art d’Artemisia sombre dans l’oubli, ses toiles sont attribuées à son père et à d’autres artistes.

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Judith et sa servante avec la tête d'Holopherne, v. 1621-24, huile sur toile, Hartford, Wadsworth Atheneum
Judith et sa servante avec la tête d’Holopherne, v. 1621-24, huile sur toile, Hartford, Wadsworth Atheneum

Peindre l’héroïsme féminin : la vengeance contre son bourreau

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Artemisia Gentileschi peindra de nombreuses fois la figure de Judith, personnage tiré de la Bible, qui est connue pour avoir sauvé son peuple en décapitant Holopherne.

Alors que sa ville est assiégée, Judith sort la nuit, un panier au bras, pour rendre visite au général ennemi. Elle le fera boire jusqu’à l’ivresse, avant de le décapiter à l’aide de sa servante alors qu’il s’était endormi. La tête d’Holopherne dans son panier, Judith retourne dans la ville, et l’armée lève le siège le lendemain en découvrant la mort de leur chef.

La réalisation de cette toile, peinte quelques années après le procès de Tassi, montre bien la volonté de l’artiste d’extérioriser son désir de vengeance. C’est pourquoi elle peint des tableaux aux influences bibliques qui mettent en scène des héroïnes qui se vengent de leur bourreau, héroïnes qui lui permettent à elle-même de se reconstruire. Artemisia peint d’ailleurs ce thème dans plusieurs tableaux à la suite de son viol. 

Yaël tuant Sisera, 1620, huile sur toile, Budapest, Szepmuveszeti Museum
Yaël tuant Sisera, 1620, huile sur toile, Budapest, Szepmuveszeti Museum

Artemisia reprend ce thème des femmes fortes quand elle peint Yaël et Sisera : ce dernier est un général aux commandes d’un roi qui oppresse le peuple de Yaël. Après avoir perdu une bataille, il fuit, et trouve refuge dans la tente de cette femme, qui le laisse se reposer. Alors qu’il s’endort, Yaël se saisit d’un clou, elle enfonce dans son crâne pour le tuer, et ainsi sauver son peuple.

Artemisia Gentileschi est donc une femme avec une liberté artistique rare à l’époque, elle se place au devant de la scène artistique et gagne une grande popularité. Elle ouvre un atelier qui lui permet de prendre de grandes commandes passées par les cours européennes. Malgré la société qui se dressait contre elle, elle s’est battue pour mener sa carrière comme elle l’entendait et réussir dans un monde qui ne laissait pas la place aux femmes.

Malgré tout, l’histoire de l’art l’a laissée de côté pendant des années, et c’est bien souvent le sort réservé aux artistes féminines.

Et vous alors, aviez-vous déjà entendu parler d’Artemisia Gentileschi ?


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